La ville_Quelques morceaux d'histoire

La plupart des informations de cet article sont extraites d’archives mais surtout du livre «Evolution d’un Bourg Lorrain »,  ouvrage à « 4 mains » : celles de Mrs Digout, Martin, Villain,. Tous instituteurs, ils  ont sur près d’un siècle et successivement  recensé et compilé toutes  les archives connues , pour dépeindre l’histoire de Blainville des origines à 1960, Mr Guy Conradt  enfin, lui aussi enseignant et habitant toujours notre commune, à complété l’histoire de 1960 à 2000 ; Ce livre est donc non seulement l’ouvrage de référence sur l’histoire ancienne mais il est devenu  celui sur l’histoire  contemporaine de Blainville sur l’Eau. Il est toujours disponible à la vente en mairie.

Fondation de Blainville-sur-l'Eau

Les nombreux fossiles de toutes sortes (poissons, reptiles, animaux antédiluviens plantes...) retrouvés sur Blainville et ses environs prouvent que la faune et la flore y étaient très riches durant la période préhistorique. Si aucune trace humaine du paléolithique et du néolithique  n’a été pour l’instant mise à jour  sur notre commune, il est probable en revanche que durant l’âge du bronze, l’Homme est y fait son apparition même si peu de traces en subsistent .
La présence humaine est surtout attestée par les nombreux vestiges gallo-romains découverts et recensés par les archéologues durant les fouilles réalisées au milieu du  XIXème siècle notamment ; celles-ci mettront surtout à jour,  un cimetière situé entre Blainville et Damelevières datant de l’époque où les Romains occupèrent la Gaule (de –50 avant J.C jusqu’au IVème siècle). Les objets exhumés étaient très divers : vases  et leurs couvercles, de formes et dimensions variées, destinés à recevoir de la nourriture, urnes funéraires, médailles, boucles, ossements calcinés, débris d’aliments, hache, bracelets, colliers,….
C’est plus tard, que l’on peut situer la fondation de Blainville et l’origine de son nom. A cette époque, les Francs s’établissent en Lorraine ; de cette colonisation, naîtront un grand nombre de nos villages actuels substituant les regroupements villageois aux fermes isolées. Le territoire de ce qui sera Blainville sur l’Eau et les bâtiments existants sont donnés à un certain Bladonis (ou Bladinis, Blédonis, Blido… selon les sources) et Bladinis Villa voit le jour  (entre 882 et 887 pour certains historiens).
Il faudra encore attendre quelques siècles, pour que la référence à la Meurthe traversant notre commune, soit associée dans au nom de Blainville.

Bladinis Villa  serait donc né vers la fin du IXème  siècle. A l’époque, l’empire édifié et tenu fermement sous son autorité par Charlemagne est affaibli  par les luttes fratricides entre ses descendants.
Les invasions (normandes notamment) ensuite,  auront  raison de son unité et  il se morcellera  petit à petit .
Malgré sa volonté de conserver à l’Empire d’Occident son intégralité, Lothaire Ier, fils aîné de Louis le Débonnaire, lui-même fils de Charlemagne, se voit imposer par ses frères le traité de Verdun en 843 ; le partage de l’empire carolingien est entériné et le territoire actuel de la Lorraine lui revient.
Son fils, Lothaire II  donnera son nom à la Lotharingie, royaume s’étendant entre Meuse et Rhin (en 855). Disputée entre la France et la Germanie, celle-ci est finalement rattachée à la Germanie en 925, pour ensuite être divisée, en 960,  en 2 duchés : la Basse-Lotharingie, réduite au duché de Brabant et la Haute-Lotharingie, future Lorraine. De ce dernier duché se détachent des principautés parmi lesquelles les Trois-Evéchés (Metz, Toul et Verdun).
Les différents actes officiels de l’époque témoignent que Blainville relevait des évêques de Toul. Le premier de ceux-ci, Saint Mansuy (dérivé du latin mansuetus, doux de caractère) donna d’ailleurs son nom à de nombreuses familles Lorraine .
Le village « appartient » ensuite à plusieurs maisons régionales ou religieuses ; des donations sont faites au cours du XIIème, à deux prestigieuses abbayes voisines, dont il ne reste que des vestiges : l’Abbaye de Beaupré et celle de Belchamp.

Ce n’est donc qu’ au XIIème siècle que l’on trouve véritablement  les premiers actes mentionnant Blainville. Relatifs aux donations faites aux abbayes de Belchamp et de Beaupré , ces documents officiels (datant de  1156 et 1157) attestent que pêche, champs, prés, forêts, bêtes et  hommes appartiennent désormais aux grands propriétaires terriens qu’étaient les abbés des 2 maisons ecclésiastiques. Ceux-ci tiraient des serfs, cultivateurs du sol, ainsi que des bourgeois, des redevances, le plus souvent en nature. Ils exerçaient sur eux une justice sévère et assuraient leur protection.
La majeure partie de la donation est faite par Gilbert de Blainville, confirmée par l’évèque de Toul, Pierre de Brixey.
A l’époque de nombreux dons de cette nature à des institutions religieuses étaient pour les seigneurs, l’occasion d’un rachat de leurs méfaits, de leurs vies d’aventure ou de libertinage.
Les moines, prêtres ou religieuses recevant la donation étaient tenus de prier pour l’âme du seigneur afin de lui éviter l’enfer. Le don de G. de Blainville s’inscrivait-il dans cette tradition, l’histoire ne le dit pas…
Les deux maisons ecclésiastiques de Beaupré et de Belchamps pour différentes qu’elles fussent, connurent cependant des destins semblables : tantôt prospères, elles voient leur renom et leur pouvoir grandir, tantôt attaquées, pillées, dévastées par les guerres de religions ou celles du règne de Charles IV , les religieux qui les composent sont contraints de se défendre ou de fuir.
Fondée en 1131, l’Abbaye de Beaupré est située à peu de distance d’Hériménil ; composé de Bénédictins ; cette ordre se livrait à la méditation. Ses religieux passaient pour des intellectuels et possédaient une riche bibliothèque que Voltaire lui-même, tint à visiter à plusieurs reprises pour en consulter les ouvrages.
L’abbaye de Belchamp quant à elle, voit le jour en 1153, entre Einvaux et Mehoncourt. Abritant des  religieux de l’ordre de St Augustins, réputés bon cultivateurs, elle restera célèbre grâce à un personnage illustre y ayant appartenu : Pierre Fourier ; curé de Mattaincourt, le St Vincent de Paul de La Lorraine, fut aussi le  réformateur de la discipline dans les couvents de son ordre.

Si les abbayes de Belchamp et de Beaupré furent dès le XIIème siècle, les principales destinataires des donations concernant Blainville, deux autres institutions religieuses tinrent un rôle important à la même époque, dans la vie de notre village : Moyenmoutier, un des plus anciens couvents d’hommes de Lorraine et les Dames Précheresses de Nancy , premier ordre féminin de dominicaines fondé dans cette ville. Ces dernières, bien que peu nombreuses (une vingtaine) reçurent des dons importants dès lors qu’elles eurent la charge de la léproserie de Nancy. Elles percevaient également la dîme à Blainville et Acraigne ( nom ancien de Frolois). Cet impôt dû au clergé dont le nom signifie « dixième partie » était prélevé sur tout ce qui était cultivé (récolte et élevage). 
            En résumé, dès les origines de Blainville, quatre maisons religieuses essentiellement, avaient des biens ou des droits sur la localité ; Beaupré y avait le droit de pêche, mais Moyenmoutier avait la rivière, qu’ainsi qu’une partie de la taille et des bois ; Belchamp y possédait des biens, touchait des cens (redevance en argent ou en récolte,  due par le tenancier d’une terre au seigneur du lieu ou versé au profit d’un couvent) , nommait le curé, tandis que les Dames Précheresses de Nancy levaient la dîme .
En marge de ces seigneuries ecclésiastiques existaient également à Blainville, des seigneurs laïques. mais ce qui  subsiste de leur activité dans les archives, est beaucoup plus sommaire, se résumant la plupart du temps à des actes de vente, donation, confirmation. On sait donc peu de choses de leur quotidien.
Ces seigneurs étaient écuyers, chevaliers, dames de renom, avaient pour noms Garsires, Bournequin de Ristes, Jeanne de Blamont, Joffroy de Nancy, Albert D’Ourches, Isabelle de Champigny…. et s’échangeaient maisons, bois, granges, hommes et femmes de Blainville et dépendances car en ce temps , on troquait les gens comme les animaux de foire.

Des documents évoquent l’église actuelle de Blainville dès le XIIIème siècle . Elle est déjà entourée de son cimetière. Le curé occupe à l’époque partout dans le pays une place prépondérante : il tient les registres de baptême, de mariage et de décès. Si cette obligation existe depuis 1539, date à laquelle François 1er en fait l’ordonnance, les plus anciens registres connus ne datent pour Blainville comme pour beaucoup de communes de Lorraine, que du milieu du XVIIème siècle.
Les habitants sont chargés de fournir ce qui est nécessaire à l’église et au service divin ; un tiers de la dîme est remise au curé.
Une  chapelle (Ste Claude) aurait également existée ; située en dehors de Blainville, près de la porte Ste Antoine, mise à mal par les guerres successives, elle aurait été  abandonnée et serait tombée en ruines à la fin du XVIIème siècle.

Le moyen âge est donc nous l’avons vu, une époque  particulièrement troublée dans toute l’Europe : guerres, rivalités entre seigneurs ou maisons religieuses vont émailler cette période presque continuellement jusqu’au XVème siècle. Les premières victimes de ces troubles seront les paysans ; la majeure partie du fruit de leur labeur est remise au seigneur, au roi ou à l’église  en  redevances diverses, en nature ou sous la forme de travail gratuit : dîme, cens, taille, corvée et banalité*…A cela s’ajoutent les récoltes ravagées par les conflits, par les chasses seigneuriales ou par  l’audace du gibier, les famines dues aux aléas climatiques. Les villageois voyaient aussi leurs maisons incendiées et pillées lors des guerres, leurs familles massacrées.
Les cultures se font déjà par assolement triennal : blé, avoine, orge. La vigne, dont il reste peu de trace aujourd’hui, est implantée sur toute la rive gauche de la Meurthe .
Les guerres et chasses empêchent cependant tout progrès de l’agriculture. Il faudra attendre le XVème siècle pour que les guerres diminuent et pour que les mœurs des seigneurs s’humanisent…

Cette courte évocation de l’histoire de notre commune au XVème siècle, ne peut se terminer en omettant de rappeler le rôle qu’ont joué Blainville et ses environs dans la guerre qui opposa durant 4 ans (de 1473 à 1477), Charles le Téméraire et René II.
Le premier, Duc de Bourgogne, souhaitait joindre la Lorraine à ses domaines de Flandre et de Bourgogne pour n’en faire qu’un seul territoire. René II s’était d’abord soumis à une alliance permettant l’établissement de garnisons dans certaines places de Lorraine : Epinal, Charme, etc…Des conflits eurent lieu entre populations lorraines et soldats bourguignons ; Charles le Téméraire fut pourtant bien accueilli dans le duché lorsqu’en 1473, il ramena à Dijon les restes de ses parents inhumés à Bruges. Mais les récriminations de plus en plus nombreuses de ses sujets concernant les méfaits des soldats étrangers, finirent par l’obliger à souhaiter se débarrasser de la tutelle bourguignonne : il s’allie à Louis XI. Mais le fourbe roi de France avait signé une trêve avec Charles le Téméraire qui, trompé, jure de se venger de René II.
Il envahit alors la Lorraine nord, prend Pont-à-Mousson, contourne Nancy et s’établit à Saffais qui devient son point de ralliement. En octobre 1474, il est à Haussonville, il s’empare ensuite de Bayon : partout il fait pendre ceux qui lui résistent, il s’en prend tout particulièrement aux Suisses au service de Louis XI qui ont osé lever les armes contre lui. Epinal, Vaudémont, Lunéville se rendent, le gouvernement de Rosières est confié à un des lieutenants  du Duc de Bourgogne ; Nancy enfin, est prise en novembre 1475.
Mais après une première défaite de Charles le Téméraire à Grandson et Morat (Suisse), René II s’enhardit à rentrer dans son duché et reprend aux bourguignons les hautes vallées de Meurthe et Moselle. Les soldats lorrains reviennent à Blainville, ils assiègent ensuite Bayon, leurs troupes grossissent de plus en plus. Robert Malhortie est nommé gouverneur de Rosières et va être l’instigateur d’une résistance sans faille à l’ennemi allant jusqu’à faire égorger les soldats bourguignons réfugiés dans la cathédrale de St Nicolas.
René II délivre Nancy grâce à une armée de secours composée de Suisses et d’Alsaciens. La bataille a lieu le 5 janvier 1477 et sera un désastre pour les bourguignons : Charles le Téméraire sera retrouvé mort quelques jours plus tard, dans l’étang gelé de St Jean.




Blainville et ses environs dans la tourmente de 14-18.

1914 : après avoir été occupée 44 ans auparavant par les prussiens, Blainville sur l’Eau est à nouveau le théâtre d’invasions venues de l’est.
Le 2 août, la mobilisation générale est décrétée. Le 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France ; le conflit que beaucoup encore meurtris de l’affrontement précédent,  espéraient voir retarder,  aura bien lieu.
Dès les premiers jours, ce ne sont qu’animation continuelle dans les rues de notre village: passage et stationnement des troupes, défilés incessant de trains amenant hommes, chevaux et matériel, exode de gens que l’on repoussait vers l’intérieur du territoire,. La municipalité, elle, s’organise comme elle le peut pour procéder au ravitaillement des familles ; à la salle des fêtes de la filature, un hôpital auxiliaire de 42 lits est organisé avec la Croix Rouge et des volontaires au courage et dévouement inlassables.
C’est dans les premiers combats aux environs de la forêt de Parroy, que sera tué le premier blainvillois, le 12 août 1914.
Le 13 août, la concentration des troupes décidée par l’état major des armées est achevée ; l’offensive peut avoir lieu mais c’est l’échec et « la retraite de  Morhange » le 20 août.
2 jours plus tard, Lunéville est occupée par l’ennemi. S’ensuivront 3 semaines de combats acharnés et la victorieuse Bataille de Lorraine. Pourtant cette  première victoire française, remportée à la surprise de nos adversaires, par nos 2 armées de l’Est, gravement décimées par leurs échecs en Lorraine annexée quelques jours auparavant, n’a souvent et jusqu’à un passé récent pas ou peu  fait l’honneur des écrits des historiens malgré son importance stratégique pour la suite des opérations. Elle opposera dans son ensemble près de 1 000 000 de combattants répartis pour moitié dans chaque camps. De Rozelieures et la trouée de Charmes aux hauteurs du Grand Couronné, les combats feront rage et permettront à la bataille de la Marne de  s’engager le 6 septembre, sous de meilleurs auspices. Les villages sont repris un à un par les  bataillons français. Blainville,  elle aussi occupée (dès le 24 août 14) incendiée et pillée, retrouve sa liberté. Mais la guerre n’est pas finie et durant les 4 années qui suivront, Blainville sera la cible à plusieurs reprises de bombardements. Elle sera aussi en 1916, le siège d’une école de l’armée et en 1917, d’un dispensaire. Les ponts détruits, les habitants ne pourront plus se déplacer entre les différents quartiers, aller à la gare ou entretenir les pâquis communaux du Haut Des Places. Les pertes matérielles sont importantes.
Mais la perte la plus grande est sans conteste les nombreux morts de ce  conflit souvent disparus dans des conditions atroces, dont le souvenir sera honoré lors des différentes manifestations organisées par la municipalité dans les prochains jours.




Libération de Blainville-sur-l'Eau.

Il y a quelques jours et comme chaque année, Blainville sur l’Eau et Damelevières commémoraient ensemble, l’anniversaire de leur libération le 13 septembre 1944. Revenons en quelques lignes sur cet épisode de notre histoire commune.
Il est tout d’abord nécessaire de rappeler que nos 2 cités avaient à l’époque une particularité, celle d’être essentiellement des communes cheminotes : la gare de Blainville La Grande (son 1er nom) puis de Blainville-Damelevières va compter jusqu’à 3000 agents ; gare de voyageurs, elle est surtout une des plus importantes du réseau en ce qui concerne le triage, le transbordement (transport de colis) et ses ateliers. Les familles des agents vont donc constituer la majeure partie des habitants des 2 villages.
Comme ailleurs dans l’est de la France, notre population va connaître les affres de la guerre 39-45 : mobilisation (y compris des retraités cheminots pour le besoin du service), restrictions alimentaires ( et leur corollaire, le marché noir) et de circulation, couvre-feu , puis occupation allemande. L’ennemi prendra dès lors le contrôle de la gare, structure stratégique ; les employés sont encadrés par des militaires allemands, agents du chemin de fer allemands mobilisés, une « kommandantur » est installée à Blainville.
Dès 41, les cheminots vont être pourtant un des vecteurs de la Résistance dans les environs car le triage est le point de chute de nombreux évadés d’Allemagne et de réfractaires au STO ; avec d’autres : bouchers, employés de mairie, instituteurs… ,l’accueil s’organisent discrètement. D’autres mèneront des actions téméraires (sabotages de locomotives, vol d’armes et de munitions à l’ennemi etc…) avec notamment le Groupe Lorraine 42. Finalement, la désorganisation puis la paralysie des transports  sera un des motifs les plus certains de la défaite de l’Allemagne.
En 44, nos 2 villages vont connaître les épisodes les plus tragiques de leur histoire. Le 27 avril, le 25 mai et le 29 juin, 3200 bombes vont être larguées sur le site ferroviaire par l’armée de l’U.S.Air Force et paradoxalement les populations civiles (et ce malgré les avertissements faits par la BBC, par tract ou par la sirène installée à la mairie) vont donc avoir à  souffrir plus de ces bombardements alliés que de l’occupation ennemie. Ce choix douloureux sera néanmoins la seul solution  pour libérer les villages.
Ce fut le 13 septembre 44 que les derniers soldats allemands évacuèrent Blainville tandis que les soldats américains continuaient leur chemin pour hâter la libération de Lunéville.

Mairie de Blainville-sur-l'Eau

Hôtel de Ville
14 rue des écoles
54360 Blainville-sur-l'Eau
Tèl. 03 83 75 70 05
mairie@blainvillesurleau.fr

Entrée de la Mairie3 @ villes internet



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